Rue Duris à Paris, feuillage d’automne printanier (juin 2026). « Nous sommes en train de vivre l’été le plus frais du reste de notre vie » FRANÇOISE VIMEUX Chacun a géré comme il le pouvait pour supporter ces dernières semaines de fournaise caniculaire, et certains, pour cause de logement inadapté et/ou d’environnement de travail non climatisé, ont souffert plus que d’autres. Pour au moins dormir à la fraîche, mon compagnon et moi avons passé plusieurs nuits dehors, ce que je racontais ici il y a peu. L’épisode est-il terminé, ou durera-t-il tout l’été, voire au-delà  ? Nul ne peut prédire la météo avec exactitude. Cependant, sauf à verser dans le déni ou le climatoscepticisme, on sait que les épisodes extrêmes ne cessent de gagner en fréquence, en durée et en intensité, et qu’il semble peu probable de parvenir à inverser la tendance. La sécheresse est générale, les cours d’eau sont à sec, les pyromanes sont de sortie, et les forêts partent en fumée avec la biodiversité qu’elles abritent… Dans nos quartiers parisiens bétonnés, des êtres vivants ont été placés pour nous apporter un peu d’ombre et de fraîcheur et nous passons chaque jour auprès d’eux, sans leur prêter grande attention. Pourtant les naturalistes alertent : pour les arbres, l’impact de la sécheresse et de la chaleur est immédiat. Les arbres ferment leurs stomates pour tenter de conserver l’eau, réduisant ainsi leur photosynthèse. Cela stoppe leur croissance et certains voient leurs feuilles brunir et tomber. Si l’on peut se réjouir que les arbres biologiquement matures ne présentent, pour le moment, que peu de signes de stress hydrique (visible), les jeunes semblent plus vulnérables. Malingres, certains ont leurs feuilles déjà jaunies, quand elles ne sont pas toutes tombées de leurs branches desséchées. Dignes, ces êtres souffrent en silence. Passeront-ils seulement l’été ? Je les observe lors de mes trajets, je scrute leurs feuillages et leurs cimes, je repère les arbustes mal en point. C’est ainsi qu’un soir, regardant le jeunot posté sous nos fenêtres, sur le trottoir d’en face, nous sommes allés lui donner de l’eau. Un autre jour, passant par la place des Grandes-Rigoles, j’allais voir le bistrotier et lui demandais : « Vous voyez le jeune arbre ? Oui, là  ! Entre l’arrêt de bus et la benne à verres. Regardez son feuillage, il a besoin d’aide. Vous qui êtes à côté, pourriez-vous lui donner de l’eau s’il-vous-plaît ? ». Logiquement, ces dernières semaines, les appels à verdir nos villes ont été nombreux ; engagée dans le Plan Arbres, la ville de Paris indique avoir planté près de 130 000 arbres depuis 2020. Mais si personne ne prend soin des arbres déjà là , à quoi bon en planter d’autres ? Il n’est pas question de suppléer au manquement de la ville, mais de prendre conscience de l’enjeu, nous qui vivons avec eux et qui bénéficions de leurs bienfaits. Car les arbres ne sont ni la propriété de la ville, ni de la seule responsabilité des services municipaux : ils sont notre bien commun. Comme nous, ils ne sont pas égaux face à cet épisode. Lisez cet article comme une invitation à surveiller les arbres près de nous et, si nous le pouvons, à leur apporter un bon seau d’eau, afin que nous évitions de n’avoir que nos yeux pour pleurer dans quelques mois. Nous voilà devenus coresponsables de la survie des vivants. Version originale de l’article publié sur EnlargeyourParis Categories : Categories : présent, ripostesTags: anarchie arbres communs futur nature